Un T-bone au barbecue, on n’en pensait pas que du mal jusqu’à ce qu’une dignitaire écologiste y débusque le mâle en splendeur. Don Quichotte, lui aussi, était obsédé par le mal. Comme lui, notre égérie aura du mal à se faire une place parmi les Grands. Sa passion pour les sujets sans fond pourrait la desservir. Elle qui assure qu’il faut changer de mentalité car faire cuire un steak de vache au barbecue serait encore perçu comme un symbole de virilité en 2022. Elle ne voit pas le mal qu’il y aurait à faire griller des gambas ou des daurades, qui, elles, ne semblent pas porter le sceau infâme de la virilité. Dans cette confusion des genres, je me suis demandé pourquoi la viande au barbecue serait une manière d’être plus androgène qu’androgyne.

“Honi soit qui mâle y pense”, mais enfin, si je vous parle de symbole de virilité, à quoi pensez-vous…? quels détails allez-vous donc imaginer ? car le symbole viril n’est pas tout à fait le même au repos ou au réveil. Les questions de mesure ont été injustement ignorées par notre élue nationale, qui n’a rien d’un boucher. Le mien saura m’attirer vers “une belle entrecôte d’un kilo”. Il ne dit pas de mal des entrecôtes moins “viriles”, mais il sait faire la différence, alors que notre jeune minaudeuse se tient à distance de ces questions anthropométriques. Le mal est mâle, un point c’est tout.
Le barbecue est un feu, allumé par une main. Les mains incendiaires, il est vrai, sont souvent recrutées parmi les hommes, virils ou non. Ces méchants hommes devront attendre avant de compter sur des renforts féminins. L’Oiseau de Feu, le Phoenix lui-même, était-il homme ou femme ? une certaine androgynie…
Le barbecue est un goût. Il y a d’innombrables rituels présidant à l’allumage et à l’obtention de belles braises. Un épais lit de sarments de vignes concassés fournira un chaud substrat, bientôt illuminé par de grandes flammes crépitantes mais éphémères. A leur apogée, des myriades de particules incandescentes se livreront à leur joyeux et unique envol. Quand tous ces feux-follets se seront évanouis, c’est qu’il est temps d’envoyer la seconde vague, au moyen de jolis ceps de vignes bien noueux et bien secs. Ils vont alors s’enlacer, dans des positions symboliquement viriles, sur le grand lit de sarments braiseux. Cette union enflammée sera féconde d’une chaleur brûlante, donnant naissance à des plaisirs (gustatifs) intenses; pensez à y jeter avec dédain trois petites branches de romarin bien odorantes.
Le barbecue est une tradition. Trivialité : Personne ne fait un barbecue un lundi soir en hiver. Mais les invités de la famille, ou entre amis et voisins, seront légions aux beaux jours. Ils s’en approchent généralement précédés par leur imaginaire : car on ne vient pas à un barbecue sans l’idée qu’on s’en est fait depuis l’enfance. Ils savent que la côte grillée sera comme un totem grâce à ce feu du mâle. Le rituel dit qu’on se réunit non loin du feu, dans un long moment de confusion générale, que personne ne traverse totalement à sec !
Et puisqu’on en est à embellir une tradition, je remonte dans le temps français et je choisis le bon feu : en 1504, Louise de Savoie, célébra au Château d’Amboise le dixième anniversaire de son fils François. Elle lui offrit une médaille. A son revers, une salamandre en flammes, accompagnée des mots italiens “Notrisco al buono. Stingo el reo” (“Je nourris le bon feu, j’éteins le mauvais”). Devenu roi, François 1er en fit une devise royale toujours gravée à Amboise. Allez voir l’impressionnant château, après ou avant votre barbecue !
Freddo




